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Volontaire pour nettoyer les côtes de la GaliceC'est à un membre du centre de direction de l'association Concordia à Paris, que je dois d'avoir participé à cette intervention de bénévoles pour aller ramasser du fioul sur les plages de la Galice. Marco, c'est son prénom, m'a proposé une inscription sur la liste des volontaires réunis par Luca, un responsable de l'association Legambiente à Rome. Il faut noter, que sur deux semaines avant d'être entré en contact avec Marco, j'ai téléphoné a une vingtaine de personnes pour trouver une équipe de travail, sans succès. D'une part, il y avait les personnes qui préféraient attendre que la marée noire arrive en France et celles qui affirmaient que l'organisation était trop insuffisante en Espagne pour pouvoir préparer la moindre expédition de volontaires, ou bien que les volontaires étaient devenus inutiles, en ce qui concernait la collecte des oiseaux mazoutés, ou depuis l'arrivée de la garde civile. D'autre part, il y avait aussi des personnes qui proposaient d'appeler à un numéro de téléphone gratuit en Espagne, ou encore à celui de l'association ADEGA ou d'un coordinateur des bénévoles sur place. Le problème, c'est que les numéros gratuits en Espagne ne sont pas accessibles en France, tandis que ceux des coordinateurs renvoyaient sur un répondeur dont le message annonçait l'indisponibilité de la ligne 9 fois sur 10, quand leur téléphone ne sonnait pas occupé. J'ai donc accepté très rapidement l'inscription parmi les recrues de Luca, d'autant plus que l'arrangement prévoyait la prise en charge du logement et du repas du midi sur place, à partir du 5, jusqu'au 12 janvier. Les autres repas ne devaient pas coûter plus de 2 euros le petit déjeuner et 3,5 euros le dîner. Il ne me restait plus qu'à trouver le meilleur moyen pour rejoindre les Italiens à l'auberge Monte do Gozo, de Saint Jacques de Compostelle, en Galice, puis à faire mes valises. Habitant Rennes, en Bretagne, c'est l'autocar, qui m'arrangeait le mieux (prix bon marché, une seule correspondance sans discontinuité, dispositions pour se reposer). Avant de partir, sur les conseils de Luca, j'ai aussi acheté un masque avec filtres à carbone, dans un magasin de bricolage. Ensuite, j'ai pris un sac de couchage, des habits de rechange, une vieille paire de chaussures, des affaires de toilettes, un appareil photo jetable et un bloc-notes dans lequel se trouve le numéro de téléphone de l'auberge ainsi que celui de Stephano, le responsable de cette équipe, puis j'ai mis tout ça dans mes bagages, avec le masque de travail et un pique-nique pour l'autocar.
En partant de Rennes, le 4 janvier à 19h45, l'appréhension qui me gagnait était encore bien compensée par la curiosité de découvrir la Galice, les Galiciens et les Italiens. Dans le car, je ne rencontre pourtant que des Françaises, qui vont à Valladolid ou à Leon et une Italienne, qui s'arrête à Bilbao. C'est quand même sympathique, d'autant plus que je suis invité à m'arrêter chez une Française de Leon dès mon retour. Rendu à Burgos, le 5 janvier, vers 8h, je dois prendre la correspondance pour Saint Jacques de Compostelle. Mais c'est après mon arrivée à la gare routière de cette ville, vers 18h, que les choses se compliquent. Il faut que je trouve la plus proche station d'où partent les bus à destination de l'auberge de jeunesse. Un jeune Français m'aide à trouver un plan de la ville et les horaires de bus. Cependant, il me laisse entendre qu'il ne sait pas s'il y aura des bus aujourd'hui, parce que c'est la veille de la fête des rois, qui est un grand jour férié en Espagne. En passant dans les rues, je remarque de nombreuses bannières « Nunca Mais », accrochées aux fenêtres des appartements. J'attends ensuite presque 2 heures à l'arrêt qu'il m'a indiqué, sans que le bus pour l'auberge ne passe. Je décide alors d'aller téléphoner à Stephano, pour le prévenir de mon retard, mais son téléphone ne répond pas. Je téléphone ensuite à l'auberge, où une hôtesse me confirme le numéro de la ligne de bus pour m'y rendre. Je me rends alors à un autre arrêt, place de Galice, pour attendre ce bus, le n°7, qui arrive au bout de 5mn. Dès que je me retrouve à l'auberge, je vais à l'accueil, pour annoncer mon arrivée, mais l'hôtesse m'explique que je ne suis pas sur la liste de Stephano. Elle me propose alors de laisser mes affaires ici, d'aller le trouver dans sa chambre, dont elle me donne l'emplacement, puis de revenir avec lui. Peu de temps après, je reviens lui dire qu'il ne s'y trouve pas. Elle me conseille donc d'aller voir à la cafétéria, un peu plus loin, au cas où…
C'est bien là-bas que je fais la rencontre de Stephano et de quelques autres Italiens du groupe. Je retourne à l'accueil avec lui et nous constatons que j'étais inscrit sous le nom de Marco. Le problème étant réglé l'hôtesse me demande ma carte d'identité pour faire une photocopie. L'auberge est énorme (1500 lits) et lorsque, enfin, je dépose mes affaires dans la chambre, je suis content d'apprendre que le travail ne commence pas demain, du fait de la fête des rois, parce que j'accuse un peu de fatigue après toute cette route. Un peu plus tard, je vais donc faire connaissance avec le reste du groupe, toujours à la cafétéria. L'ambiance est vraiment sympathique, mais la fatigue me gagne et c'est avec plaisir que je pars me coucher, dès que la cafétéria est fermée, vers minuit. Le lendemain, Stephano nous distribue des cirés portant le logo de Legambiente. Ce jour férié est aussi l'occasion d'aller se promener en ville, de découvrir les monuments et de rencontrer des Espagnols. Ainsi, au moment de l'apéritif, Paco, le coordinateur local des volontaires pour l'association ADEGA, vient nous accompagner pour prendre un verre, discuter et noter les pointures et les numéros de cartes d'identité de chacun, pour les préparatifs du lendemain. La soirée se termine par un petit restaurant, dans un bar à tapas. Nous rentrons ensuite en taxi, faute de bus. Il est presque 1h du matin et le départ du car qui doit nous conduire à la côte est prévu pour 8h45. Nous décidons donc de nous lever à 7h30.
Après une petite nuit ponctuée par de fortes pluies, tout le monde se retrouve à la cafétéria pour le petit déjeuner, vers 8h. La qualité du service et de la nourriture est vraiment impeccable, en regard du prix demandé. Nous prenons ensuite la direction de l'accueil, où le car doit nous retrouver. Le temps n'est pas très clément et il faut attendre jusqu'à 9h, avant de le voir arriver, ce qui nous donne l'occasion de rencontrer d'autres bénévoles, espagnols ceux-là. Dès que le bus arrive, tout le monde s'y entasse. L'arrêt suivant nous amène derrière l'Alameda, parc public proche du centre de Saint Jacques de Compostelle, pour prendre le reste des bénévoles et Santi, le responsable d'équipe de ADEGA. Tandis que le car évolue sous la pluie et dans la brume, en ville d'abord, puis entre les forêts de pins et d'eucalyptus ou les étendues d'herbe verte et de landes autour de petits champs délimités par des murets de pierres, Santi nous informe des consignes à observer. Proscrire tout contact direct avec le fioul et toutes les affaires qui en sont couvertes. Porter les gants, les lunettes, les bottes, la combinaison et le masque qui seront fournis, éventuellement son masque personnel, quand il est plus performant qu'un simple masque jetable. Il faut ramasser, dans l'ordre, les morceaux les plus gros, jusqu'aux morceaux de la plus petite taille retenue, en évitant de faire des nouveaux morceaux. Il ne faut pas aller chercher le fioul trop loin sous le sable, sinon ça abîme l'écosystème. Les allergiques sont priés de s'abstenir. Vers 10h30, nous sommes toujours sur la route et il est possible de voir les premiers ramasseurs de fioul sur les rives de Muros. A la radio, un programme d'information nous apprend que les nappes de pollution sont à 30km de Lisbonne. NUNCA MAIS.
C'est à O Pindo que nous chargeons le matériel destiné au nettoyage (bottes, combinaisons, masques et lunettes). Il nous est d élivré par des femmes de cet endroit, dans un centre du « Ministerio de Medio Ambiente ». Le bus nous ramène ensuite aux abords d'une plage de Lira, où nous nous équipons de nos tenues de travail. Une fois habillés, nous marchons en bottes vers la plage, située à quelques centaines de mètres de là, avec dans nos mains, quelques affaires de rechange, de ravitaillement, de soins, ou parfois les chaussures pour revenir au car. Nous passons devant une grève, dont les rochers sont restés noirs de fioul depuis les dernières opérations de nettoyage. Vers 13h30, lorsque nous abordons la plage convoitée, le spectacle qui s'offre à nous est assez désarmant. Des dizaines de personnes dans leurs combinaisons blanches en dessous et noircies par le fioul, des chevilles jusqu'aux genoux et des poignets jusqu'aux coudes, avec des grosses traces sur le ventre et tout autour des jambes, vont et viennent entre le bord de la mer en bas et, plus haut, les bras d'un tractopelle, les tas de truelles, de bêches ou ceux des grands seaux en plastique souple, munis de deux anses, qui sont encore couverts de mazout après avoir été vidés. C'est une fourmilière, et lorsque les combinaisons et les gants ou les bottes sont bien attachés avec du sparadrap, que les masques sont bien posés, nous y pénétrons sans directives précises concernant la méthode de travail. En conséquence, tandis que les uns bravent les vagues et collectent du fioul par pelles entières, l'eau jusqu'à la taille, les autres ramassent les petits morceaux un par un, soit à même la plage, soit sur le bord de la mer, ou alors ils rapportent les seaux remplis de fioul vers le tractopelle, deux par deux. Malheureusement, c'est la marée montante et l'espace de travail se réduit rapidement. Pour ma part, mon masque avec filtres à carbone s'est mis à pendouiller dès l'instant où j'ai eu la mauvaise idée de regarder mes bottes, ce qui n'était pas pratique du tout. Bref, au bout de deux heures et demie, c'est la déroute. Personne n'a mangé depuis le petit déjeuner et à raison de une heure pour se changer ou pour s'équiper, il ne nous reste plus qu'à tout ranger pour le lendemain. Nous ramenons d'abord les seaux à demi pleins qui restent, pour les vider dans la benne du tractopelle, puis, à l'aide de ciseaux ou d'un cutter parfois, nous retirons nos gants et nos combinaisons de protection, qui sont jetés dans des sacs de collecte différents, dans les conditions idéales. Les bottes sont ensuite jetées ou grossièrement nettoyées avant d'être rangées dans un sac afin d'être réutilisées, ou bien déposées pour le recyclage. En voyant les volumes de déchets, je ne peux m'empêcher d'être soulevé par un profond sentiment de gaspillage. De retour au car, qui nous conduit, près du port voisin, à une grande tente, nous sommes reçus avec une bonne soupe chaude pour déjeuner. Le reste du repas se compose de moules avec sauce tomate, puis en dessert, fruits, yaourts, biscuits et café. Nous repartons alors vers Saint Jacques de Compostelle, où nous arrivons vers 20h, endormis, ou presque. Nous sommes tous convaincus qu'il faut faire mieux. Aussi, nous pensons que 4 heures de car pour un seul jour, c'est long. A la cafétéria, nous discutons d'un plan pour le lendemain. Il en ressort que les occupations de chacun doivent être mieux réparties. En particulier, il faut au moins deux personnes qui restent au service des autres, pour toute opération exigeant d'avoir les mains propres : ceux sont les « manos limpias ». Pour le transport du fioul, il faut trois personnes pour deux seaux. Pour le ramassage, il faut quelques personnes dans l'eau et d'autres dans les rochers. Sinon, tout le monde pense, que de manger avant de se salir les mains, permet de prolonger le temps de travail. La journée se termine par des parties de cartes, à la cafétéria, jusqu'à minuit. Le car doit passer nous prendre à 9h15 et le réveil est réglé à 7h45.
Avant même que tout le monde ne soit levé, trois Italiens du groupe, s'en vont déjà rejoindre une équipe d'ornithologues à Pontevedra. La réponse qu'ils attendaient pour y aller, n'est arrivée que la veille. Nous ne sommes donc plus que 15 de Legambiente, pour le petit déjeuner, vers 8h. Là encore, c'est l'occasion de rencontrer d'autres bénévoles espagnols. Nous retrouvons ensuite le bus, à l'heure prévue, près de l'accueil. Après avoir pris place à bord, nous retournons derrière l'Alameda, au même endroit qu'hier, pour ramasser l'autre partie du groupe et Xavier, le nouveau responsable d'équipe de ADEGA, accompagné de Santi. Paco est là également, avant le départ, afin d'inscrire les nouveaux venus. Nous partons ensuite vers Carnotta, par la route de Santa Comba, tandis que Xavier nous distribue une brochure de ADEGA, puis nous fait le point sur la situation avec le « chapapote » ( mot qui désigne le fioul en galicien) et nous rappelle les consignes de travail. Des éoliennes immenses longent la crête, que nous passons avec le car, avant d'arriver à Pontamarrada où une salle omnisports réaffectée en hangar de service pour les fournitures de travail, est à notre disposition pour nous changer. Nous y gagnons une bonne demie heure sur la veille. Nous reprenons alors le car pour un chantier, qui se trouve à deux pas de Ponteveidera. La plage sur laquelle nous descendons vers 12h30, s'étale entre les amas rocheux et les dunes de sable plantées de roseaux et se prolonge sur une immense étendue de sable blanc, vers la mer. Le fioul se présente ici sous forme de toutes petites galettes, répandues à la surface du sable entre les dunes. La base des plantes qui couvrent les dunes est également couverte de mazout, ce qui dessine une grande ligne horizontale entre les parties immergées ou non de la végétation, au moment de la pollution. Le travail consiste à ramasser un maximum de morceaux sur la plage. Nous ne sommes qu'une trentaine pour couvrir un bassin de sable limité par des dunes, sur une centaine de mètres de longueur. Le groupe se disperse, puis chacun se met à genoux et avance en répétant inlassablement le même mouvement entre les petits morceaux à la surface du sable et les grands seaux à côté. Malgré le vent et quelques violentes chutes de pluie ou de grêle, cette activité peu gratifiante se poursuit jusqu'à 17h. En revanche, pas de temps perdu pour nous changer, parce que la combinaison n'est presque pas sale et s'enlève facilement. Cette fois-ci, chacun range ses bottes dans un sac à son nom, tandis que les combinaisons internes sont collectées pour le recyclage dans des grands sacs à part, puis le tout est chargé dans la soute du car. Après avoir rejoint nos places à bord, nous sommes reconduits au hangar, pour y déposer les affaires à recycler, puis chacun part chercher son sac de pique-nique, distribué par un employé, dans le corridor des locaux de la « Xunta de Galicia », un peu plus bas. Il est 18h lorsque nous reprenons nos places dans le bus, après avoir avalé nos sandwichs et 20h10 lorsque nous arrivons à Saint Jacques de Compostelle, après une sieste quasi générale. Vers 21h, un Espagnol vient me chercher pour me dire qu'un Français est arrivé dans son dortoir. Il m'explique qu'il a amené un équipement de travail et qu'il est volontaire pour donner de l'aide pendant trois jours. Comme il n'est pas enregistré sur les listes de bénévoles, je demande à Stephano d'intervenir auprès de Paco, pour le compter parmi nous. La journée se termine ensuite à la cafétéria.
Nous nous levons à la même heure, bien que le départ soit prévu pour 8h45. Après le petit déjeuner, nous arrivons au bus avec 5mn de retard. Nous passons ensuite récupérer nos coéquipiers derrière l'Alameda, puis nous reprenons la route de Carnotta, en compagnie de Xavier, le responsable d'hier, et de Margra, qui nous fait la distribution d'un petit tract de recommandations pour le travail de nettoyage. Sur la route, Xavier se met à nous parler en français, au nouveau bénévole et à moi, des problèmes économico-agricoles tels que l'extension des grandes exploitations au détriment de la variété des cultures et de la répartition actuelle des fermes de la Galice en nombreux petits hameaux, qui ne vivent que par la richesse de leur terre. Il nous dit que la pêche souffre également des gros exploitants, qui draguent les fonds marins à l'aide de chaluts immenses, au mépris des procédés employés traditionnellement par les pêcheurs qui ont des petits bateaux. Malheureusement, trop peu de personnes se sentent assez concernées pour bouger et les inégalités qui se dessinent vont finir par détruire la cohésion sociale si rien n'est fait par les autorités politiques pour mettre un frein à cette course technique, ou permettre aux consommateurs de faire des choix entre les produits, selon les techniques appliquées. Avant d'arriver à destination, Xavier reprend la parole, pour nous rappeler à tous les précautions à prendre avec le fioul, puis il nous donne un petit calendrier à chacun, pour ne pas oublier ce qui s'est passé le 13/11/02. Après être passés nous changer au même endroit qu'hier, nous repartons en car vers Panches. Là-bas, nous nous joignons à une centaine d'autres personnes, pour un chantier bien mieux organisé. Les bénévoles sont répartis en équipes affectées à la collecte, à la décharge ou au transport du fioul. Les structures antérieures et postérieures pour l'ajustement puis le changement des combinaisons de travail est également plus efficace. Les trois quart de l'effectif s'occupe de constituer une chaîne de transport sur environ 80 mètres, pour retourner les seaux plein de fioul vers la piste empruntée par les tracteurs, ou apporter des seaux vides et des outils pour creuser. Au bout de la chaîne les seaux sont d'abord placés dans les remorques des tracteurs, qui les emmènent ensuite jusqu'à une benne située en bas d'une route d'accès. D'autres bénévoles déchargent les remorques et vident les seaux dans la benne, avant de les recouvrir d'une petite couche de gros sable, pour éviter que le fioul ne reste collé dedans, puis de les remettre dans les remorques. Pour la collecte, le travail se fait par groupe de deux pour un seau, le port de masques avec filtres à carbone étant préféré. Le fioul forme une couche qui peut atteindre 30cm par endroits, et s'étale sur toute la surface d'une petite crique caillouteuse. Il faut d'abord prendre un seau vide près de la chaîne, l'amener au bord de la couche de fioul, s'acroupir et creuser dedans avec les pelles ou les truelles. Les seaux ne restent pas vides très longtemps et le retour vers la chaîne est plus difficile. Au rythme d'une décharge ininterrompue, lorsque la journée de travail se termine, les responsables annoncent 18000 kg de mazout ramassé, soit un huitième de ce qui fuit chaque jour de l'épave du Prestige. Il est tout de même idiot que le dispositif ait tourné à vide pendant près d'une heure, parce qu'un responsable de chantier qui voulait arrêter le travail avait fait renvoyer tous les seaux vides restants, tandis que les ramasseurs de fioul, infatigables, en attendaient de nouveaux. Toujours est-il qu'à 18h environ, nous marchons vers la zone de décontamination, pour aller nous changer. Ensuite, nous regagnons le car, pour retourner à l'entrepôt, y déposer les affaires recyclables, puis prendre un sac de pique-nique à la « Xunta ». Après nous être restaurés, nous remontons dans le car qui doit nous ramener à Saint Jacques de Compostelle. Sur la route, nous reprenons la discussion en français, avec Xavier, qui s'est tordu la cheville en rentrant de la crique. Il est maintenant question de la responsabilité du parti en place dans les tenants et les aboutissants de la situtation actuelle. Comment un affréteur peut-il user d'un bateau dans cet état, sans même être assuré à hauteur des conséquences du naufrage ? Pourquoi les autorités espagnoles prennent-elles le commandement du Prestige lorsqu'il se signale en difficulté ? Par quel miracle est-il décidé de remorquer le pétrolier en direction des eaux territoriales du Portugal ? Sur quel fondement le chef d'Etat en Espagne peut-il considérer que la prise en charge de l'affaire n'est pas une priorité, lorsqu'il interdit les activités de pêche dans la zone contaminée ? Qu'est-ce qui justifie la timidité, en France, de l'information sur le Prestige avant le 19 novembre ? Pourquoi y a-t'il eu des manifestations de journalistes en Espagne, au moment des évènements sur le Prestige ? Aujourd'hui, en France, pourquoi n'y a-t'il plus d'informations sur ce qui se passe en Galice ou au Portugal, comme si l'hexagone avait le monopole du désastre ? Qui doit payer la facture ? Tandis que nous parlons, il se met à neiger. A 20h30, nous sommes de retour à Monte do Gozo, sous la neige, qui continue de tomber jusqu'à 22h, puis nous allons manger dans une auberge du voisinage, avec le groupe de Legambiente. Tout le monde est très content du travail d'aujourd'hui. Au retour, nous constatons que la route est très glissante, avant d'aller nous coucher. Le réveil est programmé pour 7h30, l'heure habituelle.
Après le petit déjeuner à 8h, nous partons attendre le bus. Il arrive à 9h20, puis nous emmène derrière l'Alameda où nous attendons encore le signal de départ jusqu'à 10h, sans Xavier, qui est immobilisé. Ensuite, vers 11h, nous sommes déviés sur la route de Oiua, parce que celle de Muros est bloquée par la neige. Le détour nous ramène alors vers Muros, par la côte, avant de retrouver le hangar, à 12h30. Nous nous changeons donc très rapidement pour repartir au chantier du premier jour, à Lira. Lorsque nous arrivons sur la plage, vers 14h, la mer est presque basse. Cette fois-ci, je n'hésite pas à rentrer dans l'eau, le temps étant compté à l'étale et la motivation aidant, pour ramasser le plus de fioul possible en cherchant sous les cailloux, où il en reste beaucoup. En ramenant mon seau rempli de fioul sur la plage, je m'aperçois que l'eau s'est infiltrée dans ma combinaison et mes bottes, mais je ne m'en inquiète pas. Je laisse mon seau à deux autres bénévoles, qui le rapportent vers le tractopelle, puis je ramène deux seaux vides derrière leurs pas. Je me rapproche alors de la zone de décontamination où un photographe étudie mon cas sous tous les angles. Santi me délivre ensuite de ma combinaison, après avoir incisé le sparadra qui servait à l'attacher aux gants, puis l'avoir coupé sous le niveau des genoux. Il m'aide également à retirer un gant et je n'ai plus qu'à m'occuper de celui qui reste, puis à enlever mes bottes, en les tirant avec les lambeaux des pattes du vêtement de protection. Après avoir remis mes chaussures et grossièrement nettoyé mes bottes, je reprends la direction du bus. Une fois remontés à bord, nous retournons à la tente où nous avions mangé le premier jour, à Portocubello. C'est un repas typique de la Galice qui nous attend lorsque nous y arrivons vers 16h30, une soupe chaude, une friture d'ail et de pain au chorizo, puis des yaourts, des fruits et des sucreries en dessert. Une fois avoir fini de manger, nous donnons une ovation aux cuisinières. Avant de reprendre le car, nous allons acheter dans un dépôt voisin, quelques articles de soutien aux victimes de la marée noire, en souvenir. Nous sommes de retour à Saint Jacques de Compostelle vers 20h30, puis nous terminons la journée à la cafétéria, en jouant aux cartes, après quoi nous allons nous coucher. Le réveil est programmé pour l'heure habituelle.
Pour le dernier jour de travail du groupe, nous allons prendre le petit déjeuner à … 8h. Tandis que nous allons nous installer dans le car, un nouveau Français, vient nous rejoindre. Il est en Espagne depuis 6 ans et c'est avec l'association Greenpeace en Espagne, qu'il s'est inscrit comme bénévole dans cette équipe. Après avoir été chercher les autres bénévoles derrière l'Alemada, puis être passés nous changer au hangar habituel, nous nous rendons à un chantier situé sur un site protégé, près de O Vido. La vasière entrecoupée de dunes qui nous y attend au terme d'une bonne petite marche est particulièrement étendue. Sur les indications du conservateur, qui nous guide sur la zone de travail, nous ne ramassons que les gros résidus, qui forment des galettes sur le sable, la vase ou la végétation (constituée de roseaux, herbes sauvages et autres plantes du littoral), tout en assurant une bonne couverture du site. Lorsque nous avons rempli tous les seaux disponibles, soit une quinzaine, un tractopelle passe faire le ramassage du fioul et autres détritus, puis nous poursuivons le travail jusqu'à 18h, en progressant vers l'autre extrémité de la zone de travail. Après avoir rapporté les derniers seaux pleins vers une benne de décharge, nous regagnons la zone de décontamination, où nous nous débarassons rapidement de nos combinaisons, tant et si bien que j'en oublie mon appareil photo jetable dans la poche de celle que je jette dans le sac de recyclage. Heureusement, je m'en rend compte en remontant vers le car, et j'en appelle à Stephano, qui passe le message à un des bénévoles qui se fait remonter vers le car en 4x4, avec le conservateur du site. Finalement, quand j'arrive sur place, Santi a déjà retrouvé l'appareil, ce dont je lui suis vraiment reconnaissant. Nous reprenons ensuite le car, pour rejoindre le hangar et prendre nos pique-niques. Dès que le repas est terminé, nous remontons à bord, pour nous livrer à une sieste collective, tandis que le chauffeur nous reconduit vers Saint Jacques de Compostelle. Avant de nous séparer, il est décidé de se retrouver tous ensemble pour une soirée d'adieux en ville. Le soir venu, nous partons donc dîner dans une « pulperia », restaurant typique dont le poulpe est une spécialité, avec tous les bénévoles de l'auberge, espagnols, italiens, français. Nous sommes alors rejoints par deux Allemandes du groupe, pour continuer la nuit au pub. Après avoir bien dansé, une partie des Italiens nous font leurs adieux le soir-même, parce qu'il partent très tôt le lendemain. L'un d'entre eux m'annonce qu'il m'a gardé une surprise, en souvenir. Nous ne sommes pas très long à les suivre, à l'heure de fermeture du pub, par le premier taxi qui passe. De retour dans le dortoir, je découvre une petite bouteille en plastique de gel nettoyant pour peau de bébé, entamée, avec le message : « for you, because you stay one week more ». L'attention est très touchante et je m'endors avec le sourire.
Le lendemain matin, c'est à dire dimanche 12 janvier, après un petit déjeuner tardif, le moment est venu de refaire mes valises, en attendant de savoir comment va se passer la semaine suivante. Stephano me donne le numéro de téléphone de Paco, celui de Luca et le sien, de manière à ce que je puisse organiser mon retour en fonction des possibilités de continuer à nettoyer les plages avec les autres bénévoles. Ensuite, j'accompagne les personnes qui repartent aujourd'hui, jusqu'à la place de Galice, en ville. Suite aux séparations, je repars vers le centre où je m'achète une carte téléphonique, avec laquelle j'essaie d'appeler Paco. Comme je n'arrive pas à le joindre, je décide d'appeler la Française de Leon, pour savoir si son invitation tient toujours. Elle me répond qu'elle peut me recevoir dès jeudi. Je lui propose donc de la rappeler après m'être renseigné sur les horaires d'autocar. C'est alors que j'entends quelqu'un qui m'appelle. C'est un Italien de Legambiente. Il revient se promener en ville avec Stephano, en attendant l'heure de partir. Nous décidons alors d'aller prendre un café quelque part. Quelle n'est pas notre surprise, lorsque dans le premier café où nous entrons, nous trouvons quatre Espagnols de notre équipe de bénévoles. Ils nous proposent de les suivre chez Xavier. Malgré ses béquilles et sa cheville bandée, celui-ci nous reçoit chaleureusement dans son appartement et nous invite à nous asseoir. L'une des Espagnoles est venue pour l'interviewer , puis viennent les adieux. Nous partons ensuite à la gare routière où nous nous quittons tous pour de bon, cette fois-ci. Avant de retourner à l'auberge, j'en profite pour me renseigner sur les horaires d'autocar et j'apprends qu'il y a un car mercredi matin, mais qu'il faut que je rachète un billet pour aller à Leon, parce que mon billet ne permet pas de fractionner l'itinéraire. Après être revenu à l'auberge, je reprends une chambre pour la nuit. Le soir venu, je retrouve les bénévoles qui sont allés travailler aujourd'hui. Après avoir rappelé ma correspondante à Leon et avoir convenu d'un rendez-vous pour mercredi, je reviens prendre un verre, puis manger avec les autres, à la cafétéria. Nous partons ensuite nous coucher, dans nos dortoirs respectifs, pour un réveil prévu à 7h30.
Le lendemain, nous retournons à la cafétéria pour prendre le petit déjeuner, à 8h. Nous partons ensuite attendre le bus, à 9h. Ne faisant plus partie d'aucune équipe, mon premier objectif est d'informer Paco que je suis toujours là. Comme à son habitude, Paco nous attend à Saint Jacques de Compostelle et il ne me reste plus qu'à me présenter et lui annoncer mon intention de m'investir deux jours de plus dans les manœuvres bénévoles de l'association ADEGA. Cela ne pose aucun problème, d'autant plus que le nombre de volontaires a nettement diminué et que la liste d'inscrits dépasse l'effectif réel. Lorsque je lui ai repassé le numéro de ma carte d'identité, je retourne à ma place, aux côtés de la dizaine d'inscrits en présence et de Margra, la responsable d'équipe, puis vers 9h45, le car prend la route en direction de Fisterra. Margra nous fait part des recommandations d'usage pour le ramassage du fioul et après une halte au complexe sportif d'un petit village, vers 11h30, le temps d'enfiler notre tenue de travail, nous repartons vers une plage voisine, Rostro, que nous gagnons vers 12h20. Une autre équipe d'une vingtaine de personnes est déjà sur place et un petit détachement de militaires laisse une grande tente à notre disposition, pour poser nos pique-niques et nos chaussures. Nous marchons ensuite vers la zone de travail munis de seaux vides. Cependant, à peine avons-nous commencé notre tâche, constatons-nous que les gros gants dont nous sommes équipés ne conviennent pas au travail minutieux qu'exige ce chantier. En effet, cette plage immense est couverte de petites boulettes qu'il faut ramasser une par une et Margra m'explique que c'est le ratissage mécanisé appliqué sans mesures par les groupes d'intervention précédents, qui en est la cause. Après quelques heures de ce travail pénible, Santi appelle une dizaine de bénévoles pour l'aider à ramasser du fioul qui vient de s'échouer. Les petites galettes d'hydrocarbures qui arrivent avec la mer, vers le bas de la plage, sont beaucoup plus visqueuses, sombres et luisantes que sous n'importe quelle forme rencontrée auparavant et elles sont probablement dues à un dégazage sauvage. Ayant nettoyé la partie atteinte du rivage, s'allongeant sur une centaine de mètres, nous déchargeons tous les seaux dans la benne d'un tractopelle, puis nous rentrons vers la zone de décontamination. Mais sur le retour, nous tombons sur de gros galets de fioul, plus compacts, qui bordent également le rivage. L'étendue de ce nouveau naufrage étant plus réduite, nous entamons le ramassage, jusqu'à ce que la marée nous rattrape. Après avoir vidé dans la benne du tactopelle, les quelques seaux remplis pendant le précédent quart d'heure, nous allons nous changer, puis dévorer nos pique-niques consistants, avec sandwich à la tortillas. Nous sommes ensuite conviés à prendre une boisson chaude dans le stade où nous nous étions équipés. Nous y trouvons également des fruits et des biscuits. Il est déjà 19h30 quand nous repartons et nous n'arrivons à Monte do Gozo qu'à 21h30. Je demande alors à l'accueil dans quel dortoir je vais me retrouver, mais le réceptionniste me dit que je ne suis pas sur la liste des bénévoles et qu'il doit d'abord obtenir l'accord de Paco. Je me fais alors aider d'un interprète avant que le réceptionniste ne me propose d'appeler Paco. J'appelle donc Paco et après avoir laissé le réceptionniste discuter avec lui au téléphone, le problème est réglé. Donc, il ne me reste plus qu'à ramener mes affaires dans la chambre du dernier Français arrivé dans l'équipe, puis à me préparer avant de rejoindre l'équipe des bénévoles à la cafétéria, pour prendre un verre. En retournant nous coucher, nous quittons deux des bénévoles, qui nous font leurs adieux avant de rentrer chez eux.
C'est toujours à l'heure habituelle que nous nous réveillons puis que nous allons prendre le petit déjeuner, avant de rejoindre le bus à 9h10. Après être passés derrière l'Alameda, nous ne sommes pas plus nombreux qu'hier. Aujourd'hui, c'est Santi le responsable d'équipe. Les champs sont blancs de givre, mais il fait beau. A 11h30, nous arrivons au hangar de Carnotta où nous ré cupérons notre équipement de travail, puis après avoir pris un petit casse-croute, nous reprenons le car pour une plage difficile à trouver. Après quelques demi-tours, nous nous arrêtons près de la route, puis nous allons à l'emplacement cherché, où s'activent déjà une quarantaine d'adolescents. La méthode de travail ressemble à celle de la veille, pour le ramassage des petites boulettes, qui se poursuit de 13h30 jusqu'à 18h. Les bénévoles progressent à quatre pattes, dans la même direction sur une petite zone du bord de la plage, en rang, mais cette fois-ci les gants sont moins épais et plus pratiques pour le ramassage. Hélas, je passe de plus en plus de temps à moucher mon nez qui coule, dans le revers de plus en plus mouillé de ma manche et je me félicite de ne pas m'être inscrit pour plus longtemps, parce que je me sens de plus en plus assommé. Après avoir rangé le matériel puis nous être changés, nous partons nous restaurer sur le site de ravitaillement de Lira, à la tente de Portocubello, où nous trouvons un nouveau plat traditionnel, le « jabala », qui ressemble un peu au cassoulet. Nous terminons le repas avec des yaourts, des fruits, des biscuits et du café, avant de reprendre le bus en direction de Saint Jacques de Compostelle. En discutant avec une jeune photographe, pendant notre retour, j'apprends qu'il y a un groupe de musique folklorique en Galice, qui s'appelle «Os Cempés», ce qui signifie «le mille pattes». Arrivé à l'auberge, vers 21h30, je n'ai plus qu'à me préparer pour partir. Je commence à rassembler mes affaires, puis je vais rejoindre les irréductibles bénévoles, à la cafétéria, où je commande un grog pour essayer de soigner ma fébrilité tenace. Vient alors le moment des adieux, avant d'aller se coucher.
Le lendemain, à 7h45, je suis accompagné par l'une des bénévoles pour nous rendre à la gare routière, en taxi. Elle va chercher un billet de retour et je vais prendre le car pour Leon à 8h30. Nous prenons le petit déjeuner ensemble, puis nous nous quittons. Après avoir pris une journée de vacance à Leon en Espagne, je rentre à Rennes en Bretagne. Il est 11h.